Extrait : « C’était hier, le deuxième anniversaire de la miraculeuse victoire de la Marne. Bourdonnante et assourdissante commémoration de l’événement, dilapidation effrénée de lieux communs patriotiques. J’ai lu les journaux du matin et ceux du soir, en écartant avec soin les feuilles soi-disant religieuses dont la stupidité me donne le vertige. Impossible de rencontrer, une seule fois, le Nom de Dieu, même par l’inadvertance d’un rédacteur. Je ne parle pas du blasphème qui serait encore une affirmation. Il est évident qu’un tel silence dans des mécaniques d’information quotidienne répandues à des millions d’exemplaires, est une démonstration irréfragable de l’inexistence de Dieu chez un grand peuple. » Léon Bloy (1846-1917) fut un écrivain et polémiste français connu pour son style incisif et sa ferveur religieuse. Issu d'une famille modeste, il s'installa à Paris en 1864 où il fréquenta les cercles littéraires et artistiques. Converti au catholicisme en 1869, il devint un ardent défenseur de la foi, critiquant vivement la société moderne et ses valeurs matérialistes. Ses œuvres, marquées par une prose virulente et passionnée, incluent des essais, des pamphlets et des romans comme Le Désespéré (1886) et La Femme pauvre (1897). Il mena une vie marquée par la pauvreté et l'incompréhension, mais son œuvre a eu une influence durable sur la littérature française et la pensée catholique. Il est souvent considéré comme un précurseur de l'existentialisme chrétien et un critique acerbe de la bourgeoisie de son époque.