Chère aimée, je vous quitte. J'imagine à quel point vous souffrirez de mon absence et de la carence de mes odeurs ; drogu é e de mon ê tre, vous chercherez en vain la chaleur de mon corps dans les vagues d'une couette trop grande. Nous avons palabr é sans que vous cherchiez réellement à comprendre, vous évitez l'issue qui se présente à vous. Le chagrin n'est pas éternel. Je reviendrai. Lors de mon réveil, j'ai soulevé le volet du hublot, nous survolions la baie du Bengale, nous nous dirigions vers Rangoon, les îlots entourés d'eau pigmentée de jade formaient avec leurs anses des boucles d'oreilles bercées de plages vierges. Les palmeraies s'étalaient sur une terre vive et les bateaux mouillaient la chemise à l'ombre de minuscules aspérités montagneuses chapeautées de nuages esseulés. L'Asie est un continent facilement reconnaissable. Le vert est la couleur principale, des verts soutenus, des verts sombres, des nuances par milliers, difficiles à répertorier. L'eau, la pierre, le végétal, l'Asie est verte, très, trop verte. Ma mission humanitaire se dessine au jour le jour, il faut composer avec la nature, le destin et la chance. L'objectif n'est pas gravé dans le marbre, la pierre se taille à la mesure des espaces et du temps, le maillet et le ciseau ont dégrossi et galbé l'œuvre qui apparaît à mes yeux comme louable. Il est difficile de prévoir si les rêves de ces gamins vont être exaucés. Ils ne connaissent pas le monde, ni sa carte ni ses capitales, est-ce important ? Il n'est pas question de les transformer en routards d'une civilisation excentrique, les guides existent, je veux simplement et sobrement les aider et les convaincre que le rêve est permis. Est-ce qu’il y a plus beau projet que de bercer un enfant avec ses rêves les plus fous ? Moi, l'enseignant en Isaan...